Coups de vent, ours polaire et attente

Raphaël Domjan > Expéditions > Coups de vent, ours polaire et attente

Blog du 7 juillet 2015 – Atkinson Point

Coup de vent, ours polaire et attente

Samedi 4 juillet

Nous profitons de cette petite tempête, qui nous libère provisoirement des hordes de moustiques qui semblent vouloir nous dévorer, pour partir à la découverte des alentours d’Atkinson Point.

Ici, un sentiment étrange s’empare de nous. La nature a bien repris ses droits, mais étonnement, par endroit, on constate que ce lieu était colonisé par l’homme. Des câbles électriques sortent de nulle part, des gros tubes s’enfoncent profondément dans le sol et nous laissent imaginer ce que pouvait être ce lieu il y a quelques années. Nous observons des caribous, des cygnes, des milliers d’oiseaux, des écureuils arctiques qui ont eu la bonne idée de venir boire à mon hydrateur, mutilant ainsi mon pauvre embout.

Dimanche 5 juillet

Qu’elle bonheur d’être dans cette petite cabane, alors que dehors, la tempête déchaîne toute sa puissance ! Toute la nuit nous entendons le vent balayer notre bivouac. Je constate avec bonheur, que mes panneaux solaires résistent très bien aux rafales de vent. Je suis reconnaissant du travail réalisé par Nautiraid qui a conçu le kayak et les supports de fixation des modules ainsi que celui de l’équipe du CSEM qui ont développé les modules solaires. Ces derniers sont soumis aux conditions de l’océan Arctique depuis plusieurs jours.

En fin de journée, le vent nous protégeant des moustiques, nous décidons de partir en excursion pour aller voir l’océan Arctique déchaîné par la tempête. Une fois à la pointe de la petite péninsule d’Atkinson, alors que nous flânons tranquillement à la recherche d’un quelconque trésor enfouis dans le sable, j’entends Anne me dire: « Raphaël, un ours, un ours blanc est juste derrière nous ! »

Les locaux nous avaient indiqué que nous n’avions ici aucune chance de croiser un ours polaire à cette saison, nous avons donc laissé notre fusil au kayak. Nous voilà dans un cul de sac avec un bel ours polaire, plutôt impressionnant juste derrière nous à moins de 500 mètres.

Quelle étrange sensation de ne plus être au sommet de la chaine alimentaire, coincé et sans arme. Nous reprenons le chemin de la cabane, pour nous mettre à l’abri. Notre ours, lui continue paisiblement sont petit tour de la péninsule, il semble nous ignorer, il et se déplace tranquillement, il reste à une bonne distance sans montrer le moindre signe d’agressivité. Une fois à la cabane, nous montons sur le toit, nos yeux rivés aux jumelles, nous l’observons cherchant une proie le long de la plage. Puis il disparaît comme il était apparu. Quel bonheur d’avoir eu la chance d’observer un ours polaire en liberté.

Lundi 6 juillet

Le vent est tombé aujourd’hui, mais la météo annonce une nouvelle dépression qui doit nous atteindre dans la nuit, nous obligeant à prendre notre mal en patience. Ici, seul les glaces et le temps décident. L’Arctique, chaque jour, vous apporte une petite surprise. Ce matin c’est un Twinotter des forces canadiennes qui vient poser devant notre cabane. Le co-pilote descend pour voir si tout va bien. Puis, quelques minutes plus tard, ils repartent et nous laissent à notre solitude.

Nous voyons une belle fenêtre météo jeudi, avec des vents portant. On croise les doigts pour que les prévisions se maintiennent et que l’on puisse enfin remettre le cap à l’est.

Raphaël

Autres articles

Merci au journal Le Monde et à la journaliste Audrey Garric de nous interroger et de nous citer!

J’aimerais rappeler aux scientifiques interrogés et critiques à l’égard de nos activités que les grandes découvertes scientifiques qu’elles soient géographiques, biologiques ou archéologiques ont souvent été réalisées sans le cadre de rigueur méthodologique tel qu’il existe aujourd’hui. Prenons l’exemple de Charles Darwin. Lorsqu’il embarque à bord du HMS Beagle, il n’a pas de problématique scientifique clairement définie comme on l’exigerait aujourd’hui. Il est là pour observer, collecter, documenter. Et pourtant, ses travaux vont profondément transformer notre compréhension de l’évolution des espèces. Je trouve dommageable, pour la science elle-même, de vouloir aujourd’hui restreindre ce type de démarche. Il est vrai que certains aventuriers ou prétendus explorateurs abusent de ces titres. Pire, certains manquent de rigueur, exagèrent, voire tombent dans des formes de mythomanie. Mais cela reste, heureusement, des exceptions. Pour moi, la vraie question est celle du point de départ : soit vous cherchez à démontrer une approche d’écologie expérimental ou à soutenir une démarche scientifique, et dans ce cas l’aventure est une conséquence, pas un objectif ; soit vous cherchez avant tout à vivre une aventure, et vous tentez ensuite de lui donner du sens ou de la financer. Mais ce débat existe aussi dans la science elle-même : le...

De Rivaz à Domjan

En 1807, un inventeur suisse du Valais, François Isaac de Rivaz, imagine le premier moteur à combustion fonctionnant à l’hydrogène et l’oxygène. Une invention brillante… qui allait changer le monde. Deux siècles plus tard, nous devons inventer la prochaine révolution énergétique. Si mes aventures solaires , de PlanetSolar à SolarStratos, peuvent modestement inspirer quelques personnes à croire en l’énergie solaire et à oser explorer de nouvelles voies, alors l’aventure en aura valu la peine. L’histoire des pionniers continue de s’écrire. Et le soleil n’a pas fini de nous montrer le chemin. Et j’avoue être très heureux d’être, pour l’instant, le plus jeune de ces pionniers. Je me réjouis surtout de voir cette liste s’agrandir et de découvrir de nouveaux jeunes pionniers suisses se lancer à leur tour dans l’aventure.

Nos aventures ont pris de la O teur !

Un immense merci au journal Le O et au journaliste Patrick Fischer pour cet article qui raconte cette trajectoire, ses défis et sa vision.

Archives

Categories