Merci au journal Le Monde et à la journaliste Audrey Garric de nous interroger et de nous citer!

Raphaël Domjan > Média > Merci au journal Le Monde et à la journaliste Audrey Garric de nous interroger et de nous citer!

J’aimerais rappeler aux scientifiques interrogés et critiques à l’égard de nos activités que les grandes découvertes scientifiques qu’elles soient géographiques, biologiques ou archéologiques ont souvent été réalisées sans le cadre de rigueur méthodologique tel qu’il existe aujourd’hui.

Prenons l’exemple de Charles Darwin. Lorsqu’il embarque à bord du HMS Beagle, il n’a pas de problématique scientifique clairement définie comme on l’exigerait aujourd’hui. Il est là pour observer, collecter, documenter. Et pourtant, ses travaux vont profondément transformer notre compréhension de l’évolution des espèces.

Je trouve dommageable, pour la science elle-même, de vouloir aujourd’hui restreindre ce type de démarche.

Il est vrai que certains aventuriers ou prétendus explorateurs abusent de ces titres. Pire, certains manquent de rigueur, exagèrent, voire tombent dans des formes de mythomanie. Mais cela reste, heureusement, des exceptions.

Pour moi, la vraie question est celle du point de départ :

soit vous cherchez à démontrer une approche d’écologie expérimental ou à soutenir une démarche scientifique, et dans ce cas l’aventure est une conséquence, pas un objectif ;

soit vous cherchez avant tout à vivre une aventure, et vous tentez ensuite de lui donner du sens ou de la financer.

Mais ce débat existe aussi dans la science elle-même :

le but est-il de répondre à une question scientifique, ou de trouver des financements pour maintenir une activité et des équipes ?

À ce sujet, il me paraît important de rappeler que nos projets sont financés par des partenaires privés, qui s’engagent pour des projets porteurs de sens et de visibilité. Ce sont des financements qui n’iraient de toute façon pas à la recherche académique.

Et leur utilisation directe pour financer de la recherche poserait d’ailleurs des questions éthiques légitimes quant à l’indépendance scientifique.

Je m’interroge également sur les motivations de certains scientifiques critiques :

agissent-ils uniquement dans l’intérêt général, ou aussi pour préserver leurs propres sources de financement ?

Qui peut déterminer qu’un projet de recherche mérite davantage de soutien qu’une expédition ou une aventure ?

Finalement, dans une période où l’humanité et la biodiversité n’ont jamais été aussi menacées, je ne suis pas convaincu que critiquer celles et ceux qui cherchent, à leur manière, à faire avancer les choses, soit la meilleure voie pour construire un avenir commun.

Pour conclure, je partage une citation de Albert Einstein :
« La vie est une aventure, elle doit être sans cesse disputée à la mort. »

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